PRESENTATION                  HISTOIRE                  COLLECTION                  CONTACTS

        

Tête de Vajrapani en Schiste

Art du Gandhara, I-IIIème siècle

24 cm hors socle

 

L’ancien Royaume du Gandhara recouvrait les Provinces du Nord-Ouest de l’actuel Pakistan et l’Est de l’Afghanistan. Situé au carrefour de grandes civilisations, il connut son essor entre le 1er et le 3ème siècle de notre ère. Cette région a vu apparaître et se développer une civilisation brillante contemporaine des Han chinois et des mondes romains, fruit de la rencontre des influences grecques (conquêtes d’Alexandre le Grand), perses et indiennes. L’art qui va naître est original, splendide. Un mélange harmonieux, syncrétisme entre les canons de la beauté grecque et les canons indiens. On le nomme l’art gréco-bouddhique.

 

Vajrapani qui signifie vajra en main est l’un des huit grands Bodhisattvas du Vajrayana. Il est un protecteur du Bouddha. Doté d’une grande force, dans l’art gréco-bouddhique du Gandhara, il est assimilé à Héraclès, tenant souvent en main une courte massue en forme de vajra (instrument rituel qui symbolise la foudre, un bâton du tonnerre). Puissant comme un éléphant, il veilla sur Sakyamuni à sa naissance. De même, c’est lui qui protégea le Bouddha d’un éboulement lors de son prêche au Mont des Vautours.

 

Dans l’iconographie, il peut aussi être vu sous une forme courroucée. Il a alors l’aspect d’une divinité protectrice féroce qui maintient les démons à distance et aide le méditant à vaincre les pensées négatives.

 

Dans l'Art du Gandhara, il est fréquemment figuré barbu, les sourcils froncés, les yeux exorbités, le visage menaçant, toujours très expressif. Tout nous laisse penser que nous sommes en présence ici, vraisemblablement, d’une tête de Vajrapani.

 

Les traits du visage sont fins. La barbe et la chevelure ondulées sont particulièrement soignées. Le nez busqué aux narines dilatées rappelle celui d’un lutteur. Les yeux écarquillés sont à peine en amande. Le léger strabisme divergeant marque la distance entre le divin et le mortel, donnant également au spectateur l’impression que le regard les suit. Les pupilles sont délicatement gravées conférant plus de présence, de concentration, d’incarnation au Bodhisattva (La période hellénistique voit l'apparition d'un trou pour la pupille des yeux). Les lèvres sont ourlées. Les arcades sourcilières sont marquées en relief. Le regard est intense, d’une grande noblesse. Sous l’élégance de la barbe peignée et des traits réguliers, on est stupéfait par la force virile qui émane du personnage.

 

En observant attentivement l'arrière du crâne, ses proportions, le traitement de la chevelure sur le dessus, ainsi que tout le côté droit de cette pièce, on peut en déduire que nous sommes en présence d’un haut-relief. La tête de Vjarapani devait être légèrement tournée sur le côté, de trois quarts, se détachant d’une paroi de schiste. L’oreille droite absente (et pour cause, elle n’a jamais été sculptée) explique que c’est de ce côté que la tête devait être dirigée. On retrouve des exemples similaires au Musée Guimet, British Museum, Ostasiatische Kunst Museum, dans de petits bas-reliefs.

 

Ainsi, on peut émettre l’hypothèse que Vajrapani devait se tenir très près d’un Bouddha auréolé pour le protéger comme c’est fréquemment le cas dans l’iconographie du Gandhara.

 

On retiendra de cette pièce rare, l’extrême puissance de ce regard concentré, figé dans une expression de courroux presque hypnotique qui maintient le Mal éloigné, également la très belle patine de la pierre et sa ressemblance frappante avec l’Héraclès grec.

 

D’autres personnages barbus de la mythologie grecque, selon les spécialistes, apparaissent dans l’art gréco-bouddhique. On découvre ainsi Atlas (souvent ailé), des centaures, des atlantes ou bien encore Poséidon.

 

Des traces de terre de fouille et de pigments (rouge) sont visibles. Cette pièce ne présente pas de restauration apparente. On remarque une ligne presque invisible qui traverse Vajrapani dans la diagonale (veine de la roche, infime fissure?). Elle part de la barbe à gauche, traverse l’arête du nez, et remonte sur l’arcade droite pour se perdre dans la chevelure. On peut affirmer qu’elle ne fragilise absolument pas la structure de la sculpture.