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Bai Juyi, extrait du Chant des Regrets Eternels.

 

Courtisane au chignon

Chine, Dynastie Tang (618-906)

Terre cuite sous engobe blanche à traces de polychromie (ocre, orange, rouge, marron)

Hauteur : 41 cm

 

Les courtisanes aux formes généreuses, si bien décrites dans les poèmes mélancoliques de Bai Juyi (772-846), sont communément appelées Fat Lady (grosse dame). Idéal de beauté, elles sont emblématiques de la phase stylistique qui marque l’apogée des Tang, son âge d’or, où le souci du réalisme, de l’expressivité et du raffinement étaient des préoccupations importantes. Mingqi (substituts funéraires), les Fat Ladies accompagnaient le mort dans le monde souterrain et étaient chargées de le servir, de l’égayer en dansant, en chantant et en récitant des poèmes.

 

Celle-ci a été réalisée grâce à un moule bivalve et cuite à basse température. Les Mingqi représentent des témoignages précieux de la vie quotidienne, de la sensibilité esthétique sous les Tang.

 

Le visage lunaire est délicatement rehaussé de petits détails au pinceau. Les sourcils sont arqués, les yeux en amande. Les lèvres fines exécutent une moue capricieuse. Le chignon brun est volumineux, excentrique, comme pour rivaliser avec la silhouette et les hanches voluptueuses. On compte de très nombreux modèles de chignons en nuage à cette époque plus extravagants les uns que les autres. La robe est ample, plissée, attachée très haut sous la poitrine, les manches flottantes. Les mains sont jointes, cachées. La longue robe évasée vers le bas laisse entrevoir des chaussons à l’extrémité recourbée très à la mode à la cour. La route de la soie apportait de nouvelles tendances et des étoffes précieuses. La subtile inclinaison de la tête confère réalisme et grâce à cette statuette. La silhouette est légèrement déhanchée. Nous soulignerons la douceur, la volupté et l’extrême féminité de cette pièce. La position est également emprunte de sérieux. Attend-t-elle le silence complet de son auditoire pour déclamer un poème ? Se tient-elle en retrait, prête à répondre au moindre désir de son maître ? Écoute-t-elle attentivement les cancans de la cour ? On retrouve souvent des Fat Ladies dans les tombes avec des mains délicates positionnées comme si elles rythmaient une conversation mondaine. Certaines ont même des Urna sur le front. Le bouddhisme, sous les Tang, tenait une grande place.

 

Le goût pour les courtisanes aux formes épanouies est attribué à l’Empereur Tang Xuanzong (712-756). Il avait comme favorite une femme plantureuse, Yang Guifei. C’est à partir des années 740 que se multiplie ce type d’images dans les tombes.

 

Nous nous réfèrerons à la courtisane du Musée Guimet à Paris dont les positions du corps et des mains sont similaires, donation J. Polain, réf. MA6106.

 

Comment ne pas songer en admirant les formes épanouies de cette « beauté pleine lune » aux œuvres occidentales de Rubens ou, plus proche de nous, de Botero (à droite).

 

Un test de thermoluminescence confirmant la datation accompagne cette pièce.

 

Polychromie d’origine, sans rehaut.