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Bouddha assis et paré

Lana Chen Sen

XVIème bronze doré

Provenance : Thaïlande, Chiang Mai

 

Ce Bouddha en bronze Lana Chen Sen (Chiang Saen en référence à la ville du Nord située sur les bords du Mékong et qui donne son nom à un style début XIIIème-XVIIIème influencé par les styles Dvaravati, Birman et Sukhothai) est représenté assis. Il porte une simple robe monastique, sanghati, drapée sur son épaule gauche et qui laisse son épaule droite et une partie de son torse dénudées. Le costume monastique épouse étroitement le corps. Un long pan d’étoffe se termine en queue de poisson à hauteur du nombril.

Bouddha est couvert de trésors d’orfèvrerie. Il porte une couronne, des brassards, un collier, des bagues,  des bracelets, des boucles d’oreilles. Tous ces bijoux sont ornés de frises végétales et aucune partie de son corps n’est oubliée. Cette profusion semble vouloir accentuer le caractère divin, princier de Bouddha.

Son visage et son corps présentent les caractéristiques traditionnelles bouddhiques. Elles sont des marques particulières que possède, d’après les textes sacrés, ce «Grand Homme». Ici, on peut noter, la protubérance crânienne, le corps à la rotondité d’un banian, les aisselles remplies, les proportions symétriques, les bras allongés, les genoux ronds comme des coquillages, les doigts et les orteils longs et fins de même taille. Ses yeux en amande sont mi-clos, ses arcades sourcilières arquées, et enfin sa bouche esquisse un léger sourire. Son expression est sereine rayonnante de paix intérieure. Des plis de beauté sont visibles à la base du cou. Les lobes allongés rappellent son origine princière.

Tout est fait ici pour montrer le caractère de «Grand Homme» prédestiné à l’illumination du Bouddha. Sa chevelure est surmontée par une ushnisha (protubérance crânienne symbole de sagesse). Elle-même est dominée par une ramsi en forme de bouton de lotus. Les doigts sont longs, fins, presque maniérés. Le port de tête, le maintien du Bouddha sont touchants et gracieux. La couleur dorée renforce davantage la sacralité qui se dégage de la sculpture. Ce Bouddha est tout en courbes, aucun angle, pas de ligne droite, tout est fluide, le but étant de traduire l’état de calme et de sérénité de l’Eveillé, sa maîtrise absolue du monde et de lui-même. Le ramsi en bouton, au sommet de sa coiffure, est une référence à la fleur de lotus qui jaillit de la boue et qui s’épanouit  pure, blanche au-dessus des eaux boueuses.  Bouddha est «non souillé par les affaires de ce monde, comme la fleur de lotus dans l’eau» (Sutra du lotus). Des incrustations de nacre rendent le regard du Bouddha encore plus doux et lui insufflent la vie.

L’influence du style de Sukhothai, un peu plus au Sud, est à noter ici. Il relève la volonté de l’artiste à transcrire en ronde-bosse la plupart des marques attestant du caractère exceptionnel du Bouddha. Par exemples, les  articulations sont peu marquées, les épaules et le torse sont larges, les doigts fins et fuselés, les talons saillants. Le visage est ovale. Les paupières sont galbées surmontées d’arcades sourcilières en arc de cercle s’infléchissant sur les tempes et prenant naissance au départ du nez.

Bouddha est figuré assis en tailleur avec sa main droite effectuant le mudrâ de la prise à témoin de la terre bhumiparsa mudrâ. Sa main droite pointe vers le sol, tandis que la gauche repose sur ses jambes repliées en virasana, paume dirigée vers le ciel. Les plantes des pieds sont tournées vers le haut. Ce geste illustre l’Eveil de Bouddha et tient une place majeure dans l’imagerie thaïlandaise. Il est le symbole de la victoire de l’Eveillé sur le démon de la mort Mâra. D'après la légende, le Prince des Désirs tenta d’interrompre la méditation de Bouddha en lui offrant des distractions terrestres. Mâra nia la réalité de l’éveil, en arguant l’absence de témoin. En réponse, Bouddha toucha la terre faisant appel à la nature pour témoigner de sa résolution. Ce geste apparaît pour les Thaïlandais comme le plus grand des miracles, le sommet de la vie du Bienheureux. Le geste magique, mystique de la prise à témoin de la terre symbolise la fermeté, la résolution et annonce l’imminence de l’Eveil.

Le socle prend la forme d’une fleur de lotus et s’orne d’une frise végétale dans une réserve.

Un bronze similaire est photographié dans Buddhist sculpture of Northen Thailand, C. Straton, ed. Silkworm books. P. 266-267.

Hauteur : 89 cm (hors socle). (Technique de bronze à la cire perdue)